20:01:2017 - Peut-on confier son bonheur à un prestataire extérieurLa neige est la.  Enfin ! 

Chaque année, le début de l’hiver est une grande période de doute. Viendra-t-elle ? quand ? Pourrons-nous maintenir les grandes manifestations mondiales et médiatisées qui lancent la saison ? Pourrons-nous passer Noël au tison après que la neige ait étendu son manteau blanc ?

Car le flocon est capricieux: il lui faut en même temps de l’eau et du froid. Mais pas trop. De l’eau sans le froid, c’est la mouise: les torrents se font plus gros que le boeuf, les lacs débordent, mais le blanc disparait. Du froid mais pas d’eau, et c’est la pollution qui s’installe. Dans les deux cas, le flocon nous laisse en plan… Sans parler du Foën avec sa traître chaleur, qui vous efface la couche en un clin d’oeil.

Et pourtant les Savoie, qui ont mis des siècles à sortir de la misère, ont construit une grande partie de leur économie sur l’or blanc. Autant dire que les enjeux sont colossaux. La rentabilité des investissements, le travail de milliers de saisonniers, mais aussi la réputation de Savoie Mont Blanc sont en jeu. Le flocon s’absente et le dynamisme économique s’enraye. C’est que le Monchu, qui viens dépenser ses économies sur nos pentes, n’apprécie guère de brouter en hiver. Il lui faut du blanc et du bien glissant. Car avec la neige, il y a aussi la passion. Celle des touristes et des locaux qui trouvent le bonheur en skiant sur la poudreuse. C’est un plaisir précieux, presque addictif qui souvent récompense plusieurs mois de labeur.

The snow must go on !

Alors nous sommes ingénieux, et nous trouvons des solutions pour préserver le plaisir: Bienvenue aux enneigeurs, qui sécurisent un peu la saison. Et en attendant que des ingénieurs inventent le procédé qui permettra de produire de la neige par + 15°, on fait appel à des camions ou aux hélicoptères pour déplacer le flocon naturel ou industriel… Les « pros » sont satisfaits, les « anti » râlent, et la saison commence… Mais les faits sont têtus: Ainsi à peine vient-on de voter un grand plan d’investissement pour sécuriser davantage les prochaines saisons, que l’autorité nous alerte sur une possible sécheresse: l’enneigeur risque de se retrouver le bec sans eau ! Et patatras, nous voici repartis pour un tour, le portefeuille des monchus qui menace de se refermer, les investissements qu’il faut amortir, le chômage technique, les pro-camion et les anti-hélicos et tout et tout…

Vous l’aurez deviné, l’objet de cette chronique n’est pas de prendre une position définitive et clivante sur la gestion des ressources, éminemment complexe. Mais plutôt d’interroger, à l’occasion de ces aléas climatiques, la relation que nous instaurons, intimement, avec la vie. Car finalement, force est de constater que nous avons construit, volontairement, une partie de notre équilibre sur une ressource particulièrement instable et versatile. Et que nous continuons, malgré les vents contraires, à chercher du confort dans cette incertitude.

Ainsi, le flocon capricieux est notre ami 

Il vient pointer du doigt un fonctionnement habituel dans nos existences humaines. Notre mémoire des bons moments nous pousse à vouloir les reproduire, quel que soit le contexte, et sans forcement prendre en compte la réalité. Nous échafaudons des plans acrobatiques dans le but de  trouver ou retrouver une madeleine de Proust sans avoir le moindre pouvoir sur leur réalisation. Une situation qui ne peut qu’engendrer de la frustration, voir des catastrophes. Pour faire le parallèle avec la gestion d’une entreprise, nous externalisons la production de notre bonheur à un fournisseur peu fiable. Dans ce cas, il est urgent de rapatrier en interne le service. Et pour cela, de se poser 3 questions:

La situation qui se présente, et qui m’est désagréable, était-elle prévisible ?

Si elle était prévisible, pourquoi m’est-elle désagréable ?

Si elle n’était pas prévisible, comment puis-je la rendre agréable ?

Allez, bon ski.

 

Chronique « Développement personnel » parue le 20/01/2017 dans Eco Savoie Mont Blanc