Photo page Eco 15 septembreAinsi va notre monde. L’être humain n’a de cesse, depuis la nuit des temps, de s’affranchir des contraintes du quotidien et de les confier à des machines toujours plus sophistiquées. Nous disposons de logiciels et de robots qui réalisent la plupart des activités à notre place. Nous savons produire des véhicules qui conduisent seuls, de façon plus économique, plus vertueuse pour l’environnement, et en offrant un niveau de sécurité quasi infaillible. Il paraît que le dernier obstacle à leur mise en route n’est qu’un problème juridique: qui sera responsable en cas d’accident ?
Nous avons même des appareils qui nous aident à réfléchir, repoussant les limites que notre
condition d’humain nous infligent bêtement.

Et pourtant, dans cette accumulation d’inventions qui nous entourent, les humains n’ont pas changé.

Certes, nous pouvons reconnaître des évolutions

Si l’on compare aux quelques 3 000 années qui nous ont précédées, les violences interpersonnelles ont régressé. L’empathie, le respect de la vie ont véritablement
progressé. Et malgré les soubresauts dramatiques que nous constatons au quotidien, nous vivons mieux ensemble.

Mais il faut le reconnaître: qu’il cherche à allumer un feu avec 2 silex, ou à battre un ordinateur surpuissant au jeu de GO, l’homo sapiens reste finalement obnubilé par les quelques fondamentaux qui constituent l’essentiel de ses préoccupations: Aimer, penser à ses proches, assurer sa subsistance, être heureux et préparer sa mort.

C’est peut-être ce qui va poser des problèmes de cohabitation avec l’Intelligence Artificielle. Les ordinateurs assimilent à grande vitesse l’expérience de l’humanité, ils apprennent de nos erreurs, et peuvent apporter face à une question nouvelle la réponse la plus appropriée. Dans l’entreprise, la capacité de calcul multiplie les gains de productivité, réduit voire fait disparaitre les erreurs et impose souvent son rythme aux salariés.

Alors que nous, humains traversés par nos histoires personnelles, sommes toujours à la merci d’une émotion, d’un préjugé, d’un doute qui va agir sur notre rationalité ! Même Usain BOLT a effectué un faux départ lors d’une compétition internationale. Dans le dialogue avec la machine, nous risquons, à terme, de nous trouver face à un miroir intransigeant qui nous renvoie toutes nos aspérités comme autant d’incompétences. Peut-être baisserons-nous les bras, et que dans quelques années, le monde fonctionnera sans les humains!  Délivrés de toute contraintes, vivant dans un paradis organisé par des machines, nous pourrons profiter de la vie: Voyager, consommer sans entrave, ou bien méditer pour apporter les réponses que nous cherchons depuis des millénaires.

Il existe cependant une autre voie

Dotons l’Intelligence Artificielle d’une Humanité Artificielle: Imaginez un ordinateur sur-performant pris par le doute, capable de tomber amoureux de son ordinateur voisin, habité par la peur d’être débranché. Pas la prise en compte d’un aléa possible, auquel il faut apporter une réponse, mais une peur, une vraie, celle qui tétanise et qui impact sa rationalité. Peut-être même se mettrait-il à douter de l’existence de dieu !

Nous pourrions alors continuer à construire notre histoire commune avec la machine d’égal à égal. Une nouvelle profession de coach-développeur, de psy spécialisé en codage, pourrait apparaitre. Nous verrions se développer des stages de gestion du stress adaptés à la machine.

Nous pourrions fusionner le salon Progiciel et le salon On est bien !

Il faut le reconnaître, nous perdrions sûrement en productivité, et la marche du progrès s’en verrait durablement affectée… Mais l’humain pourrait garder l’illusion de sa toute puissance, et continuer à traverser le temps avec ses questions existentielles: Qu’est-ce qu’on mange ce soir, et y a t’il quelqu’un pour m’aimer !

Chronique 15 sept PDF